Les orchidées

La fleur qui surprend le plus en ces lieux est bien l'orchidée. Contrairement aux orchidées tropicales qui poussent en épiphytes sur les arbres, l'orchidée de la Côte Sainte-Catherine se développe sur le sol, préférant l'exposition ensoleillée des pelouses calcicoles.
 

Eléments d'une fleur d'orchidée     -     Graines d'orchis pyramidal

La plante vit sur deux bulbes qui s'épuisent et se reconstituent successivement à chaque saison. La fleur qui n'a rien à envier en beauté aux espèces tropicales, se compose de trois sépales et de trois pétales. Un des pétales hypertrophié, le labelle, caractérise chaque orchidée et lui permet sa fécondation 'en attirant les insectes. La famille des ophrys est la plus spectaculaire pour son labelle qui, bombé et velu, de couleur brune avec des stigmates jaunes, imite à la perfection l'abdomen du bourdon ou de l'abeille femelle.

Le mâle avide, subjugué par les appâts de la perfide fleur, va tenter frénétiquement de s'accoupler avec elle, faisant tomber sur l'arrière de sa tête les deux pollinies de l'orchidée remplies de substances prometteuses. Le bourdon frustré ira de nouveau échouer lamentablement sur une autre fleur, mais les pollinies transportées activeront enfin la fécondation. L'espèce représentée sur la colline est l'ophrys abeille (o. apifera) qui fleurit début juin. 

La plupart des orchidées émettent aussi des phéromones pour attirer les insectes. L'odeur en est plus ou moins discrète, mais la palme est remportée par l'orchis bouc (himantoglossum hircinum) dont le labelle est extrêmement allongé et torsadé et dont le nom représente à merveille les effluves puissantes qu'il émet. L'orchis moucheron (gymnadenia conoptea) possède sur l'arrière de la fleur, un très long éperon au fond duquel se trouve le suc qui attire les insectes. II ne peut donc être fécondé que par certains papillons comme les piérides qui peuvent se servir de leur trompe pour l'aspirer.

Après la fécondation, les graines se forment en très grand nombre dans la capsule allongée qui remplace la fleur. Elles ont la particularité de n'avoir aucune réserve nutritive et de n'être composées que du germe de la plante. Lorsque la capsule est sèche, elle éclate et les graines se dispersent au gré du vent. 

abeille            Orchis militaire            Orchis bouc

Seul le hasard permettra à certaines de rencontrer sur le sol, un champignon microscopique dont la présence est indispensable au développement de la plantule. Les graines peuvent attendre de très nombreuses années un moment favorable pour se développer. C'est pour cela que l'entretien des pelouses peut faire réapparaître des espèces qui semblaient disparues. 

L'orchidée la plus fréquente est l'orchis pyramidal rouge (o. pyramidalis), qui pousse en très grand nombre sur tous les coteaux de la Seine. Elle doit son nom à la forme triangulaire de sa hampe florale. Les premières orchidées qui apparaissent sur les pelouses de la Côte Sainte Catherine au mois de mai sont l'orchis pourpre (o. purpurea) et l'orchis militaire (o. militaris) dont le labelle ressemble à un corps humain surmonté des sépales rassemblés en forme de casque.

Nous terminerons enfin avec la Violette de Rouen (viola hispida), espèce unique et emblème des fleurs très rares des coteaux calcaires, qui apparaît sur quelques sites restreints d'éboulis dans la région de Saint-Adrien. Elle ne figure pas pour l'instant parmi la flore de la Côte Sainte-Catherine, mais elle démontre avec évidence l'intérêt exceptionnel de ce milieu naturel .

© Christian CHABRERIE - Avril 2005